Le chien philosophe Harys aime son maître Moul aux chaussettes puantes qui aime Lara, une chrétienne réfugiée de Damas. Dans son neuvième roman, conte de liberté et d’ivresse, démasquant les vanités qui font le présent, l’écrivain Amin Zaoui met en scène le journal de ce trio improbable pour dire l’Algérie gangrenée par l’islamisme des Tartuffes. S’y déploient ses obsessions – la religion, les femmes, la culture, l’identité – qui innervent son œuvre et construisent un manifeste contre toutes les intolérances. A rebours de toute prison mentale.
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3.12.18
L’Enfant de l’Œuf
Le chien philosophe Harys aime son maître Moul aux chaussettes puantes qui aime Lara, une chrétienne réfugiée de Damas. Dans son neuvième roman, conte de liberté et d’ivresse, démasquant les vanités qui font le présent, l’écrivain Amin Zaoui met en scène le journal de ce trio improbable pour dire l’Algérie gangrenée par l’islamisme des Tartuffes. S’y déploient ses obsessions – la religion, les femmes, la culture, l’identité – qui innervent son œuvre et construisent un manifeste contre toutes les intolérances. A rebours de toute prison mentale.
10.9.18
Pinocchio veut Manger un Œuf, mais...
[...] Pinocchio ressentit un petit creux à l'estomac et se rappela qu'il n'avait rien mangé. [...]
Mais voilà qu’il lui sembla voir, dans un tas de poussière, quelque chose de rond et blanc, comme un œuf de poule. Il se jeta dessus d’un seul bond. C’était bien un œuf.
La joie de la marionnette fut indescriptible. Croyant rêver, il tournait et retournait cet œuf dans ses mains, le caressait et l’embrassait tout en disant : - Et maintenant, comment vais-je le cuire ? En omelette ? A la coque ? Sur le plat, ce ne serait pas plus savoureux ? Oui, et c’est encore le moyen le plus rapide, j’ai trop envie de le manger.
Sitôt dit, sitôt fait : il mit un poêlon sur un brasero aux cendres chaudes et versa, faute d’huile ou de beurre, un peu d’eau. Quand l’eau commença à bouillir, tac !... elle fit éclater la coquille qui laissa s’échapper ce qu’il y avait à l’intérieur.
Or, au lieu du blanc et du jaune de l’œuf, sortit un petit poussin tout content et très poli qui, après une belle révérence, dit :
" Merci mille fois, Monsieur Pinocchio, de m’avoir épargné la fatigue de rompre moi-même ma coquille. Portez-vous bien et bonjour chez vous ! "
Puis il étendit ses ailes et, passant par la fenêtre restée ouverte, s’envola dans le ciel et disparut à l’horizon.
La pauvre marionnette en resta paralysée, les yeux fixes, la bouche ouverte, la coquille cassée dans la main. Le choc passé, il se mit à pleurer, à crier, à taper des pieds par terre de désespoir... [...]
Mais voilà qu’il lui sembla voir, dans un tas de poussière, quelque chose de rond et blanc, comme un œuf de poule. Il se jeta dessus d’un seul bond. C’était bien un œuf.
La joie de la marionnette fut indescriptible. Croyant rêver, il tournait et retournait cet œuf dans ses mains, le caressait et l’embrassait tout en disant : - Et maintenant, comment vais-je le cuire ? En omelette ? A la coque ? Sur le plat, ce ne serait pas plus savoureux ? Oui, et c’est encore le moyen le plus rapide, j’ai trop envie de le manger.
Sitôt dit, sitôt fait : il mit un poêlon sur un brasero aux cendres chaudes et versa, faute d’huile ou de beurre, un peu d’eau. Quand l’eau commença à bouillir, tac !... elle fit éclater la coquille qui laissa s’échapper ce qu’il y avait à l’intérieur.
Or, au lieu du blanc et du jaune de l’œuf, sortit un petit poussin tout content et très poli qui, après une belle révérence, dit :
" Merci mille fois, Monsieur Pinocchio, de m’avoir épargné la fatigue de rompre moi-même ma coquille. Portez-vous bien et bonjour chez vous ! "
Puis il étendit ses ailes et, passant par la fenêtre restée ouverte, s’envola dans le ciel et disparut à l’horizon.
La pauvre marionnette en resta paralysée, les yeux fixes, la bouche ouverte, la coquille cassée dans la main. Le choc passé, il se mit à pleurer, à crier, à taper des pieds par terre de désespoir... [...]
Les aventures de Pinocchio, Histoire d’une marionnette
Chapitre 5
Carlo Collodi, 1881-1883
Traduction de Claude Sartirano, 2002
Chapitre 5
Carlo Collodi, 1881-1883
Traduction de Claude Sartirano, 2002
[...] Pinocchio, ricordandosi che non aveva mangiato nulla, sentì auggiolina allo stomaco, che somigliava moltissimo all'appetito.
Quand’ecco che gli parve di vedere nel monte della spazzatura qualche cosa di tondo e di bianco, che somiglia va tutto a un uovo di gallina. Spiccare un salto e gettarvisi sopra, fu un punto solo. Era un uovo davvero. [...]
La gioia del burattino è impossibile descriverla : bisogna sapersela figurare. Credendo quasi che fosse un sogno, si rigirava quest’uovo fra le mani, e lo toccava e lo baciava, e baciandolo diceva :
" E ora come dovrò cuocerlo ? Ne farò una frittata!... No, è meglio cuocerlo nel piatto !... O non sarebbe più saporito se lo friggessi in padella ? O se invece lo cuocessi a uso uovo a bere ? No, la più lesta di tutte è di cuocerlo nel piatto o nel tegamino : ho troppo voglia di mangiarmelo ! "
Detto fatto, pose un tegamino sopra un caldano pieno di brace accesa : messe nel tegamino, invece d’olio o di burro, un po’ d’acquan : e quando l’acqua principiò a fumare, tac !... spezzò il guscio dell’uovo, e fece l’atto di scodellarvelo dentro.
Ma invece della chiara e del torlo scappò fuori un pulcino tutto allegro e complimentoso, il quale facendo una bella riverenza disse:
" Mille grazie, signor Pinocchio, d’avermi risparm iata la fatica di rompere il guscio! Arrivedella, stia bene e tanti saluti a casa ! "
Ciò detto, distese le ali, e, infilata la finestra che era aperta, se ne volò via a perdita d’occhio.
l povero burattino rimase lì, come incantato, cogli occhi fissi, col la bocca aperta e coi gusci dell’uovo in mano. Riavutosi, peraltro, dal primo sbigottimento, cominciò a piangere, a strillare, a battere i piedi in terra per la disperazione... [...]
Quand’ecco che gli parve di vedere nel monte della spazzatura qualche cosa di tondo e di bianco, che somiglia va tutto a un uovo di gallina. Spiccare un salto e gettarvisi sopra, fu un punto solo. Era un uovo davvero. [...]
La gioia del burattino è impossibile descriverla : bisogna sapersela figurare. Credendo quasi che fosse un sogno, si rigirava quest’uovo fra le mani, e lo toccava e lo baciava, e baciandolo diceva :
" E ora come dovrò cuocerlo ? Ne farò una frittata!... No, è meglio cuocerlo nel piatto !... O non sarebbe più saporito se lo friggessi in padella ? O se invece lo cuocessi a uso uovo a bere ? No, la più lesta di tutte è di cuocerlo nel piatto o nel tegamino : ho troppo voglia di mangiarmelo ! "
Detto fatto, pose un tegamino sopra un caldano pieno di brace accesa : messe nel tegamino, invece d’olio o di burro, un po’ d’acquan : e quando l’acqua principiò a fumare, tac !... spezzò il guscio dell’uovo, e fece l’atto di scodellarvelo dentro.
Ma invece della chiara e del torlo scappò fuori un pulcino tutto allegro e complimentoso, il quale facendo una bella riverenza disse:
" Mille grazie, signor Pinocchio, d’avermi risparm iata la fatica di rompere il guscio! Arrivedella, stia bene e tanti saluti a casa ! "
Ciò detto, distese le ali, e, infilata la finestra che era aperta, se ne volò via a perdita d’occhio.
l povero burattino rimase lì, come incantato, cogli occhi fissi, col la bocca aperta e coi gusci dell’uovo in mano. Riavutosi, peraltro, dal primo sbigottimento, cominciò a piangere, a strillare, a battere i piedi in terra per la disperazione... [...]
19.2.16
Le Secret de l'Œuf
Les femmes et le Secret
Rien ne pèse tant qu'un secret
Le porter loin est difficile aux Dames :
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un mari s'écria
La nuit étant près d'elle : Ô dieux ! qu'est-ce cela ?
Je n'en puis plus ; on me déchire ;
Quoi j'accouche d'un œuf ! - D'un œuf ? - Oui, le voilà
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :
On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas.
La femme neuve sur ce cas,
Ainsi que sur mainte autre affaire,
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit.
L'épouse indiscrète et peu fine,
Sort du lit quand le jour fut à peine levé :
Et de courir chez sa voisine.
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre.
Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.
Au nom de Dieu gardez-vous bien
D'aller publier ce mystère.
Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère
Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.
La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
Elle va la répandre en plus de dix endroits.
Au lieu d'un œuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait,
Précaution peu nécessaire,
Car ce n'était plus un secret.
Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée,
De bouche en bouche allait croissant,
Avant la fin de la journée
Ils se montaient à plus d'un cent.
Rien ne pèse tant qu'un secret
Le porter loin est difficile aux Dames :
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un mari s'écria
La nuit étant près d'elle : Ô dieux ! qu'est-ce cela ?
Je n'en puis plus ; on me déchire ;
Quoi j'accouche d'un œuf ! - D'un œuf ? - Oui, le voilà
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :
On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas.
La femme neuve sur ce cas,
Ainsi que sur mainte autre affaire,
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit.
L'épouse indiscrète et peu fine,
Sort du lit quand le jour fut à peine levé :
Et de courir chez sa voisine.
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre.
Mon mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.
Au nom de Dieu gardez-vous bien
D'aller publier ce mystère.
Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère
Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.
La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
Elle va la répandre en plus de dix endroits.
Au lieu d'un œuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait,
Précaution peu nécessaire,
Car ce n'était plus un secret.
Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée,
De bouche en bouche allait croissant,
Avant la fin de la journée
Ils se montaient à plus d'un cent.
Jean de La Fontaine
Recueil 2, Livre VIII, Fable 6
Recueil 2, Livre VIII, Fable 6
Illustration Gustave Doré
Vidéo :
Fable récitée... et expliquée par Fabrice Luchini
Spectacle "Le Point sur Robert", 2006-2009, Paris
Fable récitée... et expliquée par Fabrice Luchini
Spectacle "Le Point sur Robert", 2006-2009, Paris
à déguster...
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22.1.16
Pas de Commerce Tout en Vendant ?
commémorant le Sept centième anniversaire de sa mort.
Inscription : 1996 - UNESCO Nasreddin Hodja
Inscription : 1996 - UNESCO Nasreddin Hodja
J’ai décidé de ne pas faire du commerce
Un jour Nasreddin Hodja se mit à vendre pour huit sous des œufs qu’il avait acheté neuf sous la veille.
A ses amis qui s’en étonnaient, il dit :
— Qu’y a-t-il d’étrange à cela ? J’ai décidé, au contraire de vous tous, de ne pas faire du commerce.
Les contes de Nasr Eddin Hodja
Conte 110
Conte 110
Nasr Eddin le Hodja est le héros d'innombrables contes populaires depuis des siècles, dans tout l'Orient : en Asie mineure, en Asie centrale (de l'Arménie à la Mongolie), dans le monde arabe, et dans certains pays d'Europe (Ukraine, Balkans, etc.). Personnage imaginaire ou réel, il aurait vécu au XIIIème siècle et serait probablement originaire d'Anatolie.
Nasr Eddin Hodja est un idiot. Mais un idiot accompli, un initié qui a atteint le stade suprême, sublime de l'idiotie. Avons-nous vraiment affaire à un simple d'esprit qui ne voit pas ses propres absurdités, ou à un maître qui cherche à montrer une réalité hors de portée de l'entendement ordinaire ? Autant d'abord en rire, et accepter d'entrer dans une logique délirante dont on ne sait jamais où elle se situe entre le vrai et le faux, l'intelligence et la bêtise. Un mausolée lui est consacré, bâti d'après les plans du Hodja lui-même selon la légende. Il était de coutume d'y aller en pèlerinage et tout Croyant devait éclater de rire à la vue de l'édifice. Source.
Lire une autre pensée de Nasr Eddin Hodja.
8.1.16
Comment entrer dans un Œuf ?
« Le jeune fils de Nasr Eddin a déniché un œuf dans un nid et il vient s'instruire aussitôt auprès de son père.
- Regarde, j'ai trouvé un bel œuf dans un arbre, mais il y a quelque chose que je voudrais que tu m'expliques : comment l'oiseau va-t-il faire pour en sortir ?
- Ah, mon fils ! s'exclame le Hodja la mine soucieuse, c'est une question difficile, mais il y en a une autre, beaucoup plus difficile, une véritable énigme...
- Laquelle, père ?
- Comment l'oiseau fait-il pour y entrer ? »
- Regarde, j'ai trouvé un bel œuf dans un arbre, mais il y a quelque chose que je voudrais que tu m'expliques : comment l'oiseau va-t-il faire pour en sortir ?
- Ah, mon fils ! s'exclame le Hodja la mine soucieuse, c'est une question difficile, mais il y en a une autre, beaucoup plus difficile, une véritable énigme...
- Laquelle, père ?
- Comment l'oiseau fait-il pour y entrer ? »
Nasr Eddin le Hodja est le héros d'innombrables contes populaires depuis des siècles, dans tout l'Orient : en Asie mineure, en Asie centrale (de l'Arménie à la Mongolie), dans le monde arabe, et dans certains pays d'Europe (Ukraine, Balkans, etc.). Personnage imaginaire ou réel, il aurait vécu au XIIIème siecle et serait probablement originaire d'Anatolie.
Nasr Eddin Hodja est un idiot. Mais un idiot accompli, un initié qui a atteint le stade suprême, sublime de l'idiotie. Avons-nous vraiment affaire à un simple d'esprit qui ne voit pas ses propres absurdités, ou à un maître qui cherche à montrer une réalité hors de portée de l'entendement ordinaire ? Autant d'abord en rire, et accepter d'entrer dans une logique délirante dont on ne sait jamais où elle se situe entre le vrai et le faux, l'intelligence et la bêtise. Un mausolée lui est consacré, bâti d'après les plans du Hodja lui-même selon la légende. Il était de coutume d'y aller en pèlerinage et tout Croyant devait éclater de rire à la vue de l'édifice. Source.
Nasr Eddin Hodja est un idiot. Mais un idiot accompli, un initié qui a atteint le stade suprême, sublime de l'idiotie. Avons-nous vraiment affaire à un simple d'esprit qui ne voit pas ses propres absurdités, ou à un maître qui cherche à montrer une réalité hors de portée de l'entendement ordinaire ? Autant d'abord en rire, et accepter d'entrer dans une logique délirante dont on ne sait jamais où elle se situe entre le vrai et le faux, l'intelligence et la bêtise. Un mausolée lui est consacré, bâti d'après les plans du Hodja lui-même selon la légende. Il était de coutume d'y aller en pèlerinage et tout Croyant devait éclater de rire à la vue de l'édifice. Source.
4.12.15
Petit Prince
– S’il vous plaît... dessine-moi un mouton...
[...]
– Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.
[...]
– Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.
– Ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.
Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :
– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?
– Pourquoi ?
– Parce que chez moi c’est tout petit...
– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton.
Il pencha la tête vers le dessin :
– Pas si petit que ça... Tiens ! Il s’est endormi...
Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.
Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :
– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?
– Pourquoi ?
– Parce que chez moi c’est tout petit...
– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton.
Il pencha la tête vers le dessin :
– Pas si petit que ça... Tiens ! Il s’est endormi...
Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.
2.11.15
L'Œuf Dur préparé par Ionesco
Pour Préparer un Œuf Dur
A Jean Pollain grand poète et gastronome.
Demandez un œuf dur à votre crémier. Dites-lui de le mirer pour en contrôler la fraîcheur. Le plus souvent ce sera un œuf de poule. On peut employer aussi l’œuf de cane, qui est plus gros, d'habitude d'une couleur légèrement verdâtre et qui se trouve moins facilement. Vous rentrez chez vous en essayant de conserver l'œuf intact.Il est préférable de préparer l'œuf dur dans la cuisine, sur une cuisinière. Attention! On ne met pas l'œuf directement sur la cuisinière, mais dans une casserole.Vous mettez de l'eau au préalable dans la casserole en quantité suffisante pour recouvrir l'œuf. Par exemple, pour une casserole cylindrique, d'un diamètre de 20 centimètres, d'une hauteur de 15 centimètres, il ne faut qu’un demi-litre d'eau. Vous pouvez également obtenir l'eau en tournant le robinet placé, dans la majorité des cas, au-dessus de l'évier ; c'est la casserole, contenant l'eau dans laquelle est plongé l'œuf, que vous posez sur le feu. Si l'eau est froide vous pouvez la faire chauffer après avoir allumé le feu sur la cuisinière. On allume à l'aide d'une allumette tirée d'une petite boîte, que vous frottez sur un des deux côtés enduits de phosphore rouge. Puis vous tenez l'allumette au-dessus des orifices du brûleur, après avoir tourné les boutons permettant au gaz de passer par les tuyaux et d'arriver aux orifices par lesquels il jaillit sous l'aspect de petites flammes. On peut aussi, à la place de l'allumette, utiliser soit un briquet, soit un allumoir avec pierre au ferrocérium ou électrique à frottoir. Vous attendez que l'eau soit en ébullition. Ensuite, vous y plongez l'œuf.
Vous
pouvez le retirer au bout de dix minutes avec une cuillère afin d'éviter
de vous brûler les doigts. Passez l’œuf sous l'eau froide pour la
même raison. Vous enlevez la coquille. Pour ce faire, vous percutez
très légèrement celle-ci à l'aide d'un couteau ou
d'une cuillère à café propre. Une fois la petite cassure obtenue,
vous déposez l'objet contondant et vous détachez la coquille en
vous aidant délicatement, simplement de vos doigts. Vous jetez les
débris de la coquille, qui n'est pas comestible, dans une boîte
à ordures ou dans l'évier-vidoir, puis vous mettez l'œuf sur
une assiette de préférence plate. Vous pouvez le couper en deux
tranches dans le sens de la longueur en utilisant un couteau. Vous y mettez du
sel et, si vous voulez, du beurre chaud ou de l'huile. On peut aussi le
découper dans le sens de la largeur en tranches plus minces et le mettre
dans la salade. On peut aussi manger l'œuf sans le couper en tranches.
Dans ce cas, on le porte avec la main à la bouche sans
l'intermédiaire de la fourchette et on le croque comme une pomme
après y avoir enfoncé les incisives et les canines pour en
détacher ce qu'on appelle une bouchée (de « bouche »)
puis une deuxième, une troisième. Normalement, trois à six
bouchées suffisent pour le consommer entièrement.
On
peut éventuellement manger l'œuf sans sel, sans beurre et sans
huile.
Si
on veut avoir deux ou trois œufs, on double ou on triple tout naturellement la
dose. Cela n'influe pas sur le temps de la cuisson à condition de les
mettre ensemble. Si vous faites bouillir un liquide ou si vous faites cuire un
produit alimentaire (pot-au-feu, purée de pois, etc.), vous pouvez
constater que le temps de cuisson varie selon la quantité ou
l'épaisseur des aliments soumis à l'action du feu. Les œufs,
à condition qu'on les fasse cuire dans leur coquille, font exception à
la règle. Si on les met ensemble, leur nombre n'influe pas sur la
durée de la cuisson. Cette particularité n'est pas à
dédaigner.
Si,
malgré toutes les précautions prises, l'œuf est pourri,
jetez-le. L'œuf pourri se reconnaît à son odeur
nauséabonde, due à la décomposition chimique qui provoque
le dégagement d'acide sulfhydrique H2S. Vous pouvez porter plainte
dans ce cas, soit directement à votre commerçant, soit aux
Instituts d'hygiène et de contrôle alimentaire dont vous avez les
adresses dans les annuaires que vous trouvez chez toutes les personnes
abonnées au téléphone, ou dans les cafés et les
bureaux de poste.
L'œuf
dur se distingue de l'œuf cru ou mollet ou “à la
coque” par sa consistance plus compacte due à la déshydratation
résultant de la cuisson. Dans l’œuf dit “à la coque”,
le jaune reste liquide ; dans l'œuf dur, le jaune et le blanc sont pris.
Au
cours de la cuisson, des accidents légers peuvent se produire. Ainsi la
coquille peut se fendre et une partie du contenu se répandre dans l'eau ;
beaucoup plus rarement le contenu dans sa totalité. Ne vous inquiétez pas, celui-ci
continue de cuire hors de la coquille. Vous pouvez prendre avec une cuillère
à la fin de la cuisson ces morceaux solidifiés. Vous pouvez aussi
mettre un autre œuf dans la casserole, c'est-à-dire recommencer
l'opération.
Certains
auteurs préfèrent et recommandent que l'on immerge l'œuf
dans l'eau froide, dans ce cas, la coquille risque moins de se briser, car elle
s'échauffe et se dilate graduellement. Une dilatation brusque est
difficile à prévoir, car son processus n'est pas perceptible
à l'œil nu.
Si
vous mettez l'œuf dans l'eau froide pour le faire cuire en même
temps que l'eau bout, la durée totale de la préparation
nécessaire au durcissement est moins longue. Se renseigner sur la
durée exacte.
La
cuisinière à gaz n’est pas absolument indispensable pour la
préparation de l'œuf dit dur. On peut employer le feu de cheminée,
le gril, le réchaud à bois, électrique ou à alcool, etc, et
même le sable chaud (différence de durée de cuisson dont
on doit tenir compte). L’œuf est un aliment
nourrissant et sain. Pourtant il est interdit ou peu recommandé dans
certains cas. Se conformer à l'avis du médecin traitant.
Monologue
interprété par Tsilla Chelton dans une tournée en Belgique
organisée par Jacques
Mauclair.
Eugène Ionesco, 1966
25.9.15
Recueillez les Poèmes...
L’INSPIRATION
De son juchoir
la poule laisse choir
un œuf
c’est une imprudence
un moment d’absence
mais il tombe pouf
dans la paille :
la fermière était prévoyante
combien de poèmes brisés
que ne recueille aucun recueil.
De son juchoir
la poule laisse choir
un œuf
c’est une imprudence
un moment d’absence
mais il tombe pouf
dans la paille :
la fermière était prévoyante
combien de poèmes brisés
que ne recueille aucun recueil.
18.9.15
La Poule aux Œufs d'Or
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la Fable,
Pondait tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches:
Pendant ces derniers temps combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la Fable,
Pondait tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor.
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches:
Pendant ces derniers temps combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches ?
Jean de La Fontaine, Fables
11.9.15
Pour Vouloir Ressembler à un Œuf...
La grenouille qui voulait se faire aussi ronde qu'un œuf
Plus cornue qu'un dodécaèdre
une grenouille que cette forme excédait
voulut en prendre une ovoïde
cette grenouille excentrique
se met en boule se contracte
ne se veut pas une sphère
mais bien un œuf très exact
Auprès du bœuf elle s'enquiert
Ne pourrais-je point figurer
dans la boutique d'un laitier ?
Quelle singulière ambition
dit l'autre, de vouloir être rond.
Mais la grenouille s'obstina
ce qui devait arriver arriva
et voilà que patatras
elle choit du haut d'un mur
se cassant sur le sol dur
être un œuf a ses aléas
une grenouille que cette forme excédait
voulut en prendre une ovoïde
cette grenouille excentrique
se met en boule se contracte
ne se veut pas une sphère
mais bien un œuf très exact
Auprès du bœuf elle s'enquiert
Ne pourrais-je point figurer
dans la boutique d'un laitier ?
Quelle singulière ambition
dit l'autre, de vouloir être rond.
Mais la grenouille s'obstina
ce qui devait arriver arriva
et voilà que patatras
elle choit du haut d'un mur
se cassant sur le sol dur
être un œuf a ses aléas
Battre la campagne, 1968
Et les fables traversent les temps...
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf
Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : « Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. ». La chétive pécore.
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : « Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. ». La chétive pécore.
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
Jean de La Fontaine, Fables
Livre I, fable 3
Fable racontée par Louis de Funès
La grenouille et le Bœuf
Le petit se perd à vouloir imiter les grands.
Une Grenouille vit un Bœuf dans une prairie. Jalouse d’une taille si belle, elle gonfle sa peau ridée ; puis demande à ses petits si elle n’est pas plus grosse que le Bœuf. Ils lui disent que non. De nouveau elle s’enfle, fait plus d’efforts, et demande encore qui est le plus gros. Ils répondent : « C’est le Bœuf. » Enfin, de dépit, elle veut se gonfler encore, mais son corps crève, et elle périt.
Phèdre, Fables, I, 24
De la grenouille et du Bœuf
La Grenouille ayant un jour aperçu un Bœuf qui paissait dans une prairie, se flatta de pouvoir devenir aussi grosse que cet animal. Elle fit donc de grands efforts pour enfler les rides de son corps, et demanda à ses compagnes si sa taille commençait à approcher de celle du Bœuf. Elles lui répondirent que non. Elle fit donc de nouveaux efforts pour s'enfler toujours de plus en plus, et demanda encore une autre fois aux Grenouilles si elle égalait à peu près la grosseur du Bœuf. Elles lui firent la même réponse que la première fois. La Grenouille ne changea pas pour cela de dessein ; mais la violence qu'elle se fit pour s'enfler fut si grande, qu'elle en creva sur-le-champ.
Ésope, Fables, XXXV
And just for fun...
7.9.15
Une Recette dans les Étoiles
POUR UN ART POÉTIQUE
Prenez un mot prenez en deux
faites les cuir’ comme des œufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d’innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et mettez les voiles
Où voulez vous donc en venir ?
A écrire Vraiment ? A écrire ?
Prenez un mot prenez en deux
faites les cuir’ comme des œufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d’innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et mettez les voiles
Où voulez vous donc en venir ?
A écrire Vraiment ? A écrire ?
21.8.15
Les Œufs de Barjavel :
Une Rose au Paradis
Le monde se dégrade. Au milieu de l'anarchie et de la jeunesse révoltée, chacun peut maintenant fabriquer des bombes nucléaires grâce à un procédé révolutionnaire. Pour "sauver" le monde d'une fin certaine M. Gé construit un abri ,une "arche", où il s'enferme avec un couple et ses deux enfants. Puis il déclenche l'apocalypse... Quelques années plus tard un problème se pose mettant en péril la sauvegarde de l'abri et de l'espèce. (Quatrième de couverture)
C'est l'histoire de ce couple amoureux, avant, pendant, et après le cataclysme qu'il nous raconte avec un humour constant, et avec toute la tendresse qu'il éprouve pour l'être humain, l'animal le plus vulnérable, le plus naïf et le plus maladroit de la Création. (source)
C'est l'histoire de ce couple amoureux, avant, pendant, et après le cataclysme qu'il nous raconte avec un humour constant, et avec toute la tendresse qu'il éprouve pour l'être humain, l'animal le plus vulnérable, le plus naïf et le plus maladroit de la Création. (source)
[...] Les mamelles des vaches étaient sucées en permanence par la trayeuse-transformeuse, qui livrait à la sortie le beurre enveloppé et les millions de pots de yaourts.
Le petit-lait coulait vers le malaxeur de la porcherie, dans lequel arrivait d’autre part le flot continu des poules hors-ponte. Parvenues à leur dernier œuf, vidées de toutes leurs réserves, il ne leur restait plus que les os, un peu de peau écorchée, un bec usé, et deux ou trois plumes. Le malaxeur les brassait dans le petit-lait, et le broyeur faisait du mélange une bouillie dont les porcs se régalaient.
Tout finirait en saucisses. [...]
[...] Elle appuya. Elle sentit un petit frémissement sous son doigt, puis le tableau monta sans bruit vers le plafond. Dans le mur dégagé une porte s’ouvrit, une lumière douce et blanche s’alluma, éclairant une piscine en forme d’œuf coupé dans le sens de la longueur. Elle était assez longue et large pour qu’on y pût nager un peu, mais assez petite pour rester intime. Le mur en voûte au-dessus d’elle formait l’autre moitié de l’œuf. Il était de mosaïque blanche et crème, avec des taches d’or.
Le petit-lait coulait vers le malaxeur de la porcherie, dans lequel arrivait d’autre part le flot continu des poules hors-ponte. Parvenues à leur dernier œuf, vidées de toutes leurs réserves, il ne leur restait plus que les os, un peu de peau écorchée, un bec usé, et deux ou trois plumes. Le malaxeur les brassait dans le petit-lait, et le broyeur faisait du mélange une bouillie dont les porcs se régalaient.
Tout finirait en saucisses. [...]
[...] Elle appuya. Elle sentit un petit frémissement sous son doigt, puis le tableau monta sans bruit vers le plafond. Dans le mur dégagé une porte s’ouvrit, une lumière douce et blanche s’alluma, éclairant une piscine en forme d’œuf coupé dans le sens de la longueur. Elle était assez longue et large pour qu’on y pût nager un peu, mais assez petite pour rester intime. Le mur en voûte au-dessus d’elle formait l’autre moitié de l’œuf. Il était de mosaïque blanche et crème, avec des taches d’or.
La piscine était pleine de lait. [...]
[...] — Viens ! Il y a du poulet !…
Il y avait du poulet, mais c’était du poulet froid. Pour la première fois depuis qu’il distribuait, le Distributeur l’avait livré ainsi.
Jif l’avait goûté avec méfiance, mâchouillé un peu.
— C’est drôle…
À la deuxième bouchée elle avait souri.
— C’est pas mauvais…
— Ce serait meilleur avec une mayonnaise, avait dit M. Jonas, un brouillard de nostalgie au fond de la voix.
Une mayonnaise… Pour faire une mayonnaise il faut un œuf. Sainte-Anna (le synthétiseur-analyseur) n’en fabrique pas. Il faut qu’il soit pondu. Par une poule. Il y a des poules dans le zoo. Elles dorment.
Quand on les réveillera elles pondront. Dans quatre ans.
Une mayonnaise dans quatre ans…
Attention… Il faut aussi de l’huile. Olives. Il y a des plants d’oliviers dans les réserves. « À cent ans, un olivier est un enfant », disait le grand-père paysan. Plutôt l’arachide, c’est annuel. Mais il faudrait l’Afrique. Le colza, le tournesol ?… Il y a des semences dans les réserves. On sèmera, on récoltera…
Une mayonnaise dans cinq ans.
Mais pour obtenir l’huile il faut un moulin. On construira un moulin.
Un tout petit moulin.
Pas de bois, puisqu’il n’y a plus d’arbres. Un petit moulin tout en pierres et en métal. Pour tailler les pierres il faut des outils. Pour forger le métal, fabriquer les outils, il faut trouver du minerai et du charbon, faire du feu…
Une mayonnaise quand ?
M. Jonas se rendit compte qu’il ne mangerait sans doute plus de mayonnaise de sa vie. La mayonnaise était le fruit de toute une civilisation. [...]
Jif l’avait goûté avec méfiance, mâchouillé un peu.
— C’est drôle…
À la deuxième bouchée elle avait souri.
— C’est pas mauvais…
— Ce serait meilleur avec une mayonnaise, avait dit M. Jonas, un brouillard de nostalgie au fond de la voix.
Une mayonnaise… Pour faire une mayonnaise il faut un œuf. Sainte-Anna (le synthétiseur-analyseur) n’en fabrique pas. Il faut qu’il soit pondu. Par une poule. Il y a des poules dans le zoo. Elles dorment.
Quand on les réveillera elles pondront. Dans quatre ans.
Une mayonnaise dans quatre ans…
Attention… Il faut aussi de l’huile. Olives. Il y a des plants d’oliviers dans les réserves. « À cent ans, un olivier est un enfant », disait le grand-père paysan. Plutôt l’arachide, c’est annuel. Mais il faudrait l’Afrique. Le colza, le tournesol ?… Il y a des semences dans les réserves. On sèmera, on récoltera…
Une mayonnaise dans cinq ans.
Mais pour obtenir l’huile il faut un moulin. On construira un moulin.
Un tout petit moulin.
Pas de bois, puisqu’il n’y a plus d’arbres. Un petit moulin tout en pierres et en métal. Pour tailler les pierres il faut des outils. Pour forger le métal, fabriquer les outils, il faut trouver du minerai et du charbon, faire du feu…
Une mayonnaise quand ?
M. Jonas se rendit compte qu’il ne mangerait sans doute plus de mayonnaise de sa vie. La mayonnaise était le fruit de toute une civilisation. [...]
[...] — Vous allez manger, petite fille, dit-il. Sainte-Anna est parvenue au commencement du cycle et vous offre son chef-d’œuvre… Voulez-vous le top ?
— Non ! dit Mme Jonas.
Jean Rostand s’éteignit. Et la musiquette du Distributeur retentit. « J’ai du bon tabac. » Elle avait retrouvé ses notes. Ce fut pour tous une musique céleste. Ils se tournèrent vers le mur, anxieux, le cœur battant. Et le mur s’ouvrit. Sur le plateau d’argent était étalée une couche de paille, et sur la paille dorée éclatait la blancheur d’une chose aux formes courbes, exquises, parfaites.
— Un œuf ! dit Mme Jonas, stupéfaite.
— Ça se mange ? demanda Jif.
— Bien sûr, ça se mange, mon trésor ! Il y a même de quoi manger pour tous !
Un gros œuf… Aussi gros qu’un melon d’Espagne. Mme Jonas le prit avec délicatesse, à deux mains, les yeux brillants, le soupesa.
— Je vais le faire cuire à l’eau bouillante… Dans le creuset… Le roi des œufs durs ! Il pèse au moins deux kilos !… [...]
— Non ! dit Mme Jonas.
Jean Rostand s’éteignit. Et la musiquette du Distributeur retentit. « J’ai du bon tabac. » Elle avait retrouvé ses notes. Ce fut pour tous une musique céleste. Ils se tournèrent vers le mur, anxieux, le cœur battant. Et le mur s’ouvrit. Sur le plateau d’argent était étalée une couche de paille, et sur la paille dorée éclatait la blancheur d’une chose aux formes courbes, exquises, parfaites.
— Un œuf ! dit Mme Jonas, stupéfaite.
— Ça se mange ? demanda Jif.
— Bien sûr, ça se mange, mon trésor ! Il y a même de quoi manger pour tous !
Un gros œuf… Aussi gros qu’un melon d’Espagne. Mme Jonas le prit avec délicatesse, à deux mains, les yeux brillants, le soupesa.
— Je vais le faire cuire à l’eau bouillante… Dans le creuset… Le roi des œufs durs ! Il pèse au moins deux kilos !… [...]
Extraits
Lire aussi sur Les Œufs de Barjavel :
Ravage, Le Voyageur Imprudent, Colomb de la Lune, La Nuit des Temps, La Tempête
Ravage, Le Voyageur Imprudent, Colomb de la Lune, La Nuit des Temps, La Tempête
14.8.15
Les Œufs de Barjavel :
La Tempête
Une jeune Américaine, Judith, va devenir l'héroïne la plus extraordinaire de l'histoire de l'humanité. Mais avant il y aura eu une guerre gigantesque, puis la paix, une prospérité fantastique, mais dangereuse. Un péril monstrueux menace alors l'humanité d'une destruction totale. Et c'est Judith qui est choisie par le destin pour tenter de la sauver, en se trouvant confrontée à un homme qu'elle avait connu le jour de ses quinze ans, et qu'elle avait voulu oublier. Une histoire d'amour exceptionnelle.
[...] Filly lâcha la main de sa mère et s’arrêta pile, en montrant le ciel, ce qu’elle croyait être le ciel : le plafond du Nuage, imprécis et fondu dans la neige fondante qui tombait de lui. Judith leva la tête et s’arrêta à son tour : ce n’était pas l’appareil de Rory qui sortait du Nuage, le petit hélico électrique avec ses quatre pales rouges et sa cabine pendue au-dessous, en forme d’œuf blanc couché, peint de mille fleurs gaies, que Filly nommait familièrement « Coco », mais un œuf énorme, plus grand que la maison de la Banque, et ses pales tournaient au-dessus de lui comme une grande roue jaune qui faisait gicler la neige en tourbillons. Il n’avait pas une fleur, il sortait du Nuage comme un œuf pondu de travers par un énorme derrière de poule grise pas très propre. Filly savait ce que c’était une poule, elle en avait vu quand miss Thomson les avait emmenées voir l’usine à poules. C’était une bête un peu idiote, avec des plumes, enfermée dans une petite cage, il y en avait des milliers et des milliers, chacune coincée dans sa cage, le derrière juste au-dessus d’un entonnoir. Et elle pondait un œuf qui avait la forme d’un œuf et qui tombait dans l’entonnoir. Et quand il en sortait, au-dessous, il était carré. C’était pour que ce soit plus facile à emballer, avait dit miss Thomson.
Le gros œuf couché sorti des nuages se posa avec douceur sur le cercle d’atterrissage, une porte s’ouvrit dans sa coquille, et Rory se montra en haut de l’escalier qui se déroulait. [...]
Extrait
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7.8.15
Les Œufs de Barjavel :
La Nuit des Temps
Ed. Presse Pocket junior, 1999
(Ed. Presses de la Cité, 1968)
En Terre Adélie, dans l’Antarctique, une mission scientifique française capte une improbable émission qui émane du fond des glaces, par un émetteur qui y a été placé il y a 900 000 ans. Des fouilles frénétiques et passionnées sont entreprises par des nations qui fraternisent dans l’adversité des conditions polaires.
Unissant toutes leurs sciences et leurs savoir-faire, les hommes creusent nuit et jour. C’est ainsi qu’ils découvrent une Sphère en or, composée d’un Œuf d’où provient le signal. Au cœur de l’œuf reposent deux individus nus dans de l’hélium solide, un homme et une femme, masqués. Les scientifiques décident de réanimer la femme en premier. Cette opération se déroule avec succès et leur permet d’apprendre qu’elle se nomme Eléa. Le Docteur Simon en en tombe éperdument amoureux...
Sources : 1, 2
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31.7.15
Les Œufs de Barjavel :
Colomb de la Lune
Le héros de ce roman s'appelle Colomb : tout un symbole. Il sera le premier homme à se poser sur la Lune. Reste à en revenir. A la condition que, là-haut, rien ne vous retienne....
Et, surtout il y a l'aventure terrestre de sa femme. Une aventure sans doute plus dangereuse que la conquête des étoiles. Cela se nomme l'amour...
Et, surtout il y a l'aventure terrestre de sa femme. Une aventure sans doute plus dangereuse que la conquête des étoiles. Cela se nomme l'amour...
Source
[...] Colomb s’était réveillé. Il dit à Rameau qu’il allait bien. Dans son œuf, Colomb était dans un cocon de mousse pour le protéger des météorites qui auraient perforé la coquille de l’œuf de parvenir jusqu’au scaphandre. L’œuf, sans qu’il soit touché à rien, allait devenir l’habitacle de la fusée. Quand la fusée se poserait sur la lune, Colomb n’aurait pas besoin d’en sortir. Des pieds et des mains mécaniques pousseraient à l’engin, et la télé serait ses yeux. Colomb serait son cerveau. Colomb était bien dans son sommeil et voulait y retourner. [...]
Extrait
L.P. « Votre héros ressemble à s'y méprendre à un Pierrot lunaire, remis au goût du jour. Qu'est ce qui vous fascine dans ce personnage de pantomime ? »
R.B. « Colomb, comme son frère Pierrot, est en marge des réalités quotidiennes. Il ne peut pas s'y intégrer. S'il s'en approche il est blessé. Il doit se mettre à l'abri dans l'œuf du rêve, comme Pierrot se peint en blanc pour devenir irréel et se confondre avec la lumière. Pierrot, Colomb, je les aime parce qu'ils sont mes demi-frères, ils sont la part de moi-même qui est bousculée et blessée par la réalité quotidienne. C'est un peu moi que j'ai enfermé dans l'œuf en voyage vers la lune. Cet œuf, c'est également, bien sûr, le souvenir mélancolique de l'enfance, la nostalgie de la pré-naissance, du monde tiède, à l'abri, merveilleux, du ventre maternel dont nous avons brisé la coquille pour venir au monde... »
Interview de Barjavel réalisée par Laurence Paton
[...] Colomb s’était réveillé. Il dit à Rameau qu’il allait bien. Dans son œuf, Colomb était dans un cocon de mousse pour le protéger des météorites qui auraient perforé la coquille de l’œuf de parvenir jusqu’au scaphandre. L’œuf, sans qu’il soit touché à rien, allait devenir l’habitacle de la fusée. Quand la fusée se poserait sur la lune, Colomb n’aurait pas besoin d’en sortir. Des pieds et des mains mécaniques pousseraient à l’engin, et la télé serait ses yeux. Colomb serait son cerveau. Colomb était bien dans son sommeil et voulait y retourner. [...]
Extrait
L.P. « Votre héros ressemble à s'y méprendre à un Pierrot lunaire, remis au goût du jour. Qu'est ce qui vous fascine dans ce personnage de pantomime ? »
R.B. « Colomb, comme son frère Pierrot, est en marge des réalités quotidiennes. Il ne peut pas s'y intégrer. S'il s'en approche il est blessé. Il doit se mettre à l'abri dans l'œuf du rêve, comme Pierrot se peint en blanc pour devenir irréel et se confondre avec la lumière. Pierrot, Colomb, je les aime parce qu'ils sont mes demi-frères, ils sont la part de moi-même qui est bousculée et blessée par la réalité quotidienne. C'est un peu moi que j'ai enfermé dans l'œuf en voyage vers la lune. Cet œuf, c'est également, bien sûr, le souvenir mélancolique de l'enfance, la nostalgie de la pré-naissance, du monde tiède, à l'abri, merveilleux, du ventre maternel dont nous avons brisé la coquille pour venir au monde... »
Interview de Barjavel réalisée par Laurence Paton
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24.7.15
Les Œufs de Barjavel :
Le Voyageur Imprudent
Pierre Saint-Menoux, mathématicien mobilisé dans la « drôle de guerre », est invité par un mystérieux infirme, Noël Essaillon, à prendre part à ses travaux secrets. Le savant qui a découvert comment voyager dans le temps par l'intermédiaire de pilules et d'un scaphandre spécial, veut étudier la destinée de l'humanité par une série d'explorations de plus en plus avancées dans le futur. Au plus loin de ses voyages, Saint-Menoux se rend en l'an 100 000 et rapporte ses observations d'un monde totalement transfiguré, où la notion d'individu est balayée au profit d'une société où chaque être œuvre pour le bien collectif. Annette, la fille d'Essaillon, seconde les travaux des deux hommes.
[...] Pierre s’étonna d’arriver, en l’an 2052, au pied du Sacré-Cœur. Il se trouvait au bas des escaliers. Devant lui, les dômes qu’il connaissait bien dressaient leurs silhouettes inchangées. Leur couleur s’était assombrie. La pierre blanche avait pris la teinte sale qui maquille tous les monuments de Paris. Saint-Menoux se retourna pour jeter un coup d’œil sur la grand-ville. Paris avait disparu.
À sa place, le jeune homme, stupéfait, vit un champ de ciment plat. Çà et là s’élevaient quelques bâtiments de peu d’importance et une grande quantité d’objets de forme ovoïde, de la taille d’une maison de deux étages, bâtis en une matière transparente, colorée. Autour de chacun de ces œufs démesurés s’enroulaient les spires d’une sorte de vis gigantesque. Quelques-uns se tenaient debout, comme l’œuf de Christophe Colomb, mais la plupart étaient renversés, et beaucoup d’entre eux brisés. Ce qui sembla le plus étrange à Saint-Menoux fut le manque d’animation du paysage. Il n’aperçut pas un être vivant.
Le doigt sur le bouton du vibreur, prêt à disparaître, il s’avança vers le plus proche de ces objets. Un vent violent, extrêmement chaud, s’opposait à sa progression. Il dut se courber pour marcher. Il commençait à transpirer. Le soleil dégageait une chaleur de tropique. Saint-Menoux arriva près de l’œuf gigantesque. Il était couché sur le côté, et fendu. Il semblait avoir chu du haut des airs. Une intuition illumina la pensée du jeune professeur. Il se trouvait sur un aérodrome, et ces ovoïdes entourés d’une hélice, c’étaient les avions nouveaux. Mais quelle catastrophe avait pu provoquer la chute de tous ceux dont il apercevait les débris ? [...]
ExtraitLe doigt sur le bouton du vibreur, prêt à disparaître, il s’avança vers le plus proche de ces objets. Un vent violent, extrêmement chaud, s’opposait à sa progression. Il dut se courber pour marcher. Il commençait à transpirer. Le soleil dégageait une chaleur de tropique. Saint-Menoux arriva près de l’œuf gigantesque. Il était couché sur le côté, et fendu. Il semblait avoir chu du haut des airs. Une intuition illumina la pensée du jeune professeur. Il se trouvait sur un aérodrome, et ces ovoïdes entourés d’une hélice, c’étaient les avions nouveaux. Mais quelle catastrophe avait pu provoquer la chute de tous ceux dont il apercevait les débris ? [...]
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17.7.15
Les Œufs de Barjavel :
Ravage
Dans une société mécanisée à l'extrême où les hommes ne font plus rien qui ne puisse être fait pour eux par une machine, l'électricité vient à disparaître subitement. Tout est paralysé : les lumières s'éteignent, les voitures s'immobilisent, les pompes qui distribuent l'eau assèchent les robinets, la radio n'informe plus, les secours se déplacent à chevaux mais déjà des meutes de citoyens affamés commencent à attaquer les animaux au couteau. C'est la loi de la jungle qui s'empare de la cité. François Deschamps, jeune étudiant chimiste d'origine familiale agricole, décide de quitter la ville qui sombre dans la violence et le crime. Il court d'abord à la rescousse de Blanche Rouget, son amie d'enfance qui s'est fiancée au richissime et tout puissant Jérôme Seita. Celui-ci, sans ses subordonnés, ne peut même pas sortir de chez lui sans se mettre en danger de mort...
« L’humanité ne cultivait presque plus rien en terre. Légumes, céréales, fleurs, tout cela poussait à l’usine, dans des bacs.
[...]
François, son bifteck achevé, se fit servir une omelette et un entremets au lait. Il ne serait pas venu à l’idée des Européens du XXème siècle de manger des fœtus de mouton ou de veaux mort-nés. Ils dévoraient pourtant des œufs de poules. Une partie de leur nourriture dépendait du derrière de ces volatiles. Un procédé analogue à celui de la fabrication des viandes libéra l’humanité de cette sujétion. Des usines livrèrent le jaune et le blanc d’œuf, séparés, en flacons. On ne commandait plus une omelette de six œufs, mais d’un demi-litre. »
Extrait
[...]
François, son bifteck achevé, se fit servir une omelette et un entremets au lait. Il ne serait pas venu à l’idée des Européens du XXème siècle de manger des fœtus de mouton ou de veaux mort-nés. Ils dévoraient pourtant des œufs de poules. Une partie de leur nourriture dépendait du derrière de ces volatiles. Un procédé analogue à celui de la fabrication des viandes libéra l’humanité de cette sujétion. Des usines livrèrent le jaune et le blanc d’œuf, séparés, en flacons. On ne commandait plus une omelette de six œufs, mais d’un demi-litre. »
Extrait
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29.5.15
East Egg vs West Egg
In The Great Gatsby, there are two cities, East Egg and West Egg, which are separated by the Valley of Ashes. East Egg represents the established aristocracy, West Egg the self-made rich.
Long Island : East Egg to Manhattan
[...] « One of the major topics explored in The Great Gatsby is the sociology of wealth, specifically, how the newly minted millionaires of the 1920s differ from and relate to the old aristocracy of the country’s richest families. In the novel, West Egg and its denizens represent the newly rich, while East Egg and its denizens, especially Daisy and Tom, represent the old aristocracy. Fitzgerald portrays the newly rich as being vulgar, gaudy, ostentatious, and lacking in social graces and taste. Gatsby, for example, lives in a monstrously ornate mansion, wears a pink suit, drives a Rolls-Royce, and does not pick up on subtle social signals, such as the insincerity of the Sloanes’ invitation to lunch. In contrast, the old aristocracy possesses grace, taste, subtlety, and elegance, epitomized by the Buchanans’ tasteful home and the flowing white dresses of Daisy and Jordan Baker. » [...]
More and analysis
More and analysis
The Great Gatsby
Novel written by F. Scott Fitzgerald, 1925
Adaptations in movie : 1926, 1949, 1974, 2013
6.2.15
La Guerre des Œufs
Dessin de Grandville
Après un naufrage, Gulliver se retrouve dans un monde d'êtres humains minuscules où règnent deux empires : celui de Lilliput et celui de Blefescu. Un Ministre de Lilliput lui raconte l'origine de la guerre entre ces deux empires.
« [...] D'ailleurs nos historiens, depuis six mille lunes, ne font mention d'aucunes autres régions que des deux grands empires de Lilliput et de Blefuscu. Ces deux formidables puissances ont, comme j'allais vous dire, été engagées pendant trente-six lunes dans une guerre très opiniâtre, dont voici le sujet : tout le monde convient que la manière primitive de casser les œufs avant que nous les mangions est de les casser au gros bout; mais l'aïeul de Sa Majesté régnante, pendant qu'il était enfant, sur le point de manger un œuf, eut le malheur de se couper un des doigts; sur quoi l'empereur son père donna un arrêt pour ordonner à tous ses sujets, sous de graves peines, de casser leurs œufs par le petit bout. Le peuple fut si irrité de cette loi, que nos historiens racontent qu'il y eut, à cette occasion, six révoltes, dans lesquelles un empereur perdit la vie et un autre la couronne. Ces dissensions intestines furent toujours fomentées par les souverains de Blefuscu, et, quand les soulèvements furent réprimés, les coupables se réfugièrent dans cet empire. On suppute que onze mille hommes ont, à différentes époques, aimé mieux souffrir la mort que de se soumettre à la loi de casser leurs œufs par le petit bout. Plusieurs centaines de gros volumes ont été écrits et publiés sur cette matière ; mais les livres des gros-boutiens ont été défendus depuis longtemps, et tout leur parti a été déclaré, par les lois, incapable de posséder des charges. Pendant la suite continuelle de ces troubles, les empereurs de Blefuscu ont souvent fait des remontrances par leurs ambassadeurs, nous accusant de faire un crime en violant un précepte fondamental de notre grand prophète Lustrogg, dans le cinquante-quatrième chapitre du Blundecral (ce qui est leur Coran). Cependant cela a été jugé n'être qu'une interprétation du sens du texte, dont voici les mots : « Que tous les fidèles casseront leurs œufs au bout le plus commode ». On doit, à mon avis, laisser décider à la conscience de chacun quel est le bout le plus commode, ou, au moins, c'est à l'autorité du souverain magistrat d'en décider. Or, les gros-boutiens exilés ont trouvé tant de crédit dans la cour de l'empereur de Blefuscu, et tant de secours et d'appui dans notre pays même, qu'une guerre très sanglante a régné entre les deux empires pendant trente-six lunes à ce sujet, avec différents succès. Dans cette guerre, nous avons perdu quarante vaisseaux de ligne et un bien plus grand nombre de petits vaisseaux, avec trente mille de nos meilleurs matelots et soldats ; l'on compte que la perte de l'ennemi, n'est pas moins considérable. Quoi qu'il en soit, on arme à présent une flotte très redoutable, et on se prépare à faire une descente sur nos côtes. Or, Sa Majesté impériale, mettant sa confiance en votre valeur, et ayant une haute idée de vos forces, m'a commandé de vous faire ce détail au sujet de ses affaires, afin de savoir quelles sont vos dispositions à son égard. »
« [...] D'ailleurs nos historiens, depuis six mille lunes, ne font mention d'aucunes autres régions que des deux grands empires de Lilliput et de Blefuscu. Ces deux formidables puissances ont, comme j'allais vous dire, été engagées pendant trente-six lunes dans une guerre très opiniâtre, dont voici le sujet : tout le monde convient que la manière primitive de casser les œufs avant que nous les mangions est de les casser au gros bout; mais l'aïeul de Sa Majesté régnante, pendant qu'il était enfant, sur le point de manger un œuf, eut le malheur de se couper un des doigts; sur quoi l'empereur son père donna un arrêt pour ordonner à tous ses sujets, sous de graves peines, de casser leurs œufs par le petit bout. Le peuple fut si irrité de cette loi, que nos historiens racontent qu'il y eut, à cette occasion, six révoltes, dans lesquelles un empereur perdit la vie et un autre la couronne. Ces dissensions intestines furent toujours fomentées par les souverains de Blefuscu, et, quand les soulèvements furent réprimés, les coupables se réfugièrent dans cet empire. On suppute que onze mille hommes ont, à différentes époques, aimé mieux souffrir la mort que de se soumettre à la loi de casser leurs œufs par le petit bout. Plusieurs centaines de gros volumes ont été écrits et publiés sur cette matière ; mais les livres des gros-boutiens ont été défendus depuis longtemps, et tout leur parti a été déclaré, par les lois, incapable de posséder des charges. Pendant la suite continuelle de ces troubles, les empereurs de Blefuscu ont souvent fait des remontrances par leurs ambassadeurs, nous accusant de faire un crime en violant un précepte fondamental de notre grand prophète Lustrogg, dans le cinquante-quatrième chapitre du Blundecral (ce qui est leur Coran). Cependant cela a été jugé n'être qu'une interprétation du sens du texte, dont voici les mots : « Que tous les fidèles casseront leurs œufs au bout le plus commode ». On doit, à mon avis, laisser décider à la conscience de chacun quel est le bout le plus commode, ou, au moins, c'est à l'autorité du souverain magistrat d'en décider. Or, les gros-boutiens exilés ont trouvé tant de crédit dans la cour de l'empereur de Blefuscu, et tant de secours et d'appui dans notre pays même, qu'une guerre très sanglante a régné entre les deux empires pendant trente-six lunes à ce sujet, avec différents succès. Dans cette guerre, nous avons perdu quarante vaisseaux de ligne et un bien plus grand nombre de petits vaisseaux, avec trente mille de nos meilleurs matelots et soldats ; l'on compte que la perte de l'ennemi, n'est pas moins considérable. Quoi qu'il en soit, on arme à présent une flotte très redoutable, et on se prépare à faire une descente sur nos côtes. Or, Sa Majesté impériale, mettant sa confiance en votre valeur, et ayant une haute idée de vos forces, m'a commandé de vous faire ce détail au sujet de ses affaires, afin de savoir quelles sont vos dispositions à son égard. »
Extrait de "Les Voyages de Gulliver"
Le Voyage à Lilliput - Chapitre quatre
Jonathan Swift
B. Motte, London, 1727, version censurée
G. Faulkner, Dublin, 1735, version non censurée
Le Voyage à Lilliput - Chapitre quatre
Jonathan Swift
B. Motte, London, 1727, version censurée
G. Faulkner, Dublin, 1735, version non censurée
"Les voyages de Gulliver" (Gulliver's Travels) est une œuvre souvent considérée comme un conte pour enfants (nombreuses éditions très édulcorées parues dans les bibliothèques spécialisées en littérature enfantine), mais il s'agit en fait, au-delà de la satire, d'un conte philosophique.
Pourquoi les Hommes font-ils la guerre ?
2.2.15
Quizz Celtique
Jonathan Swift et le débat sur l’œuf à la coque
© Coralie alias Monkey-Fromthebridge
© Coralie alias Monkey-Fromthebridge
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